Le séjour américain de la Première ministre de la République Démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, est placé sous le signe de l’offensive diplomatique et économique. En marge des Réunions de printemps du Groupe de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire International, la Cheffe du Gouvernement congolais multiplie les rencontres bilatérales et multilatérales pour resserrer le partenariat avec les bailleurs et orienter les financements vers les urgences nationalesl.
Le jeudi 16 Avril, Judith Suminwa a tenu une séance de travail décisive avec le Vice-président de la Banque Mondiale pour l’Afrique de l’Est et australe, Dr Diame Diop. L’ordre du jour : renforcer le partenariat stratégique et faire le point sur l’état d’avancement des réformes soutenues par l’appui budgétaire de l’institution de Bretton Woods.

Autour de la Première ministre, une délégation gouvernementale de haut niveau a pris part aux échanges : le ministre des Finances, la ministre du Portefeuille, le ministre des Infrastructures et Travaux Publics, le ministre du Commerce extérieur, ainsi que le vice-ministre du Budget. Plusieurs experts et directeurs sectoriels complétaient la délégation, signe de l’importance accordée à ce rendez-vous.
Un partenariat à recentrer sur les priorités congolaises
Dès l’ouverture, Judith Suminwa a posé le cadre :
« Notre objectif est clair : capitaliser sur les avancées déjà enregistrées et accélérer la mise en œuvre des projets structurants ».
Elle a plaidé pour un renouvellement du partenariat stratégique avec la Banque Mondiale, avec une exigence : aligner davantage les interventions des partenaires techniques et financiers sur les priorités nationales définies par Kinshasa.
Quatre axes ont été mis en avant par la Cheffe du Gouvernement. D’abord, le développement des infrastructures, condition sine qua non du désenclavement et de la compétitivité. Ensuite, le projet Grand Inga, présenté comme la pierre angulaire de la souveraineté énergétique de la RDC et de l’Afrique Centrale. Troisième axe : la diversification de l’économie pour réduire la dépendance aux matières premières brutes. Enfin, la formation des jeunes, afin de transformer le dividende démographique en moteur de croissance.

Judith Suminwa a également insisté sur la mobilisation des ressources privées :
« L’appui des partenaires est essentiel, mais nous devons aussi attirer les investisseurs pour accompagner nos ambitions de transformation économique », a-t-elle martelé.
Le corridor de Lobito, levier d’intégration régionale
Les discussions ont accordé une place centrale au corridor de Lobito. Considéré comme un levier majeur d’intégration régionale et de désenclavement économique, ce corridor ferroviaire reliant la RDC à l’océan Atlantique via l’Angola cristallise les espoirs de Kinshasa. Le Ministre des Infrastructures et Travaux Publics a toutefois recadré la vision :
« Le corridor de Lobito ne doit pas être considéré de manière isolée, mais intégré dans une vision globale incluant les corridors internes, le réseau routier, les voies fluviales et le transport aérien ».
Autrement dit, Lobito n’aura d’impact que s’il s’articule avec un maillage national cohérent.
Appui budgétaire : le point sur les DPO
L’autre temps fort de la séance a porté sur le programme d’appui budgétaire, en particulier les Opérations de politique de développement, DPO. Ces financements décaissés directement dans le budget de l’État sont conditionnés à des réformes structurelles.
Sur la première phase, DPO 1, des avancées significatives ont été enregistrées, a reconnu la Banque Mondiale. Deux réformes majeures restent néanmoins à finaliser : la déclaration de patrimoine des agents publics et la mise en place d’un processus de recrutement compétitif des mandataires des entreprises publiques. Sur ce dernier point, le Gouvernement assure que les bases réglementaires sont désormais établies et qu’un cabinet a déjà été sélectionné pour accompagner le processus.
Concernant la DPO 2, plusieurs jalons ont été franchis. Le comité de gestion du plan de trésorerie est en place, et la loi relative au projet Inga a été adoptée, levant un verrou juridique majeur. D’autres réformes structurantes sont encore en chantier : marchés publics, lutte contre la corruption, zones économiques spéciales et gouvernance des entreprises publiques. La Première Ministre a réaffirmé la détermination de son équipe à les faire aboutir.

Coordination et transparence : les mots d’ordre de la Banque mondiale
Le vice-président Diame Diop a salué les efforts engagés par le Gouvernement Suminwa. Il a cependant insisté sur un point : « Il est essentiel d’éviter la fragmentation des appuis et de renforcer la coordination gouvernementale afin d’accélérer la mise en œuvre des réformes ». Le message est clair : la Banque mondiale veut un interlocuteur unique, une feuille de route claire et des résultats mesurables.
Les deux parties se sont accordées sur la nécessité de poursuivre les réformes critiques en matière de transparence, de gouvernance et de gestion des ressources publiques. Des objectifs ont été fixés à l’horizon 2027, avec des revues régulières pour éviter les retards.
Rencontre avec le groupe Afrique II
En marge de cette séance, Judith Suminwa s’est également entretenue avec Harold Tavares, Directeur exécutif pour le groupe Afrique II au Conseil d’administration du Groupe de la Banque mondiale. Cette rencontre a permis d’évoquer les priorités communes en matière de coopération et d’appui aux réformes engagées par le Gouvernement. Pour Kinshasa, il s’agit de s’assurer que la voix de la RDC porte au sein du Conseil, où se décident les allocations et les stratégies.
Une séquence diplomatique intense
Ce séjour à Washington s’inscrit dans une séquence diplomatique intense pour la Première Ministre. Depuis son arrivée, elle enchaîne les audiences pour vendre le « narratif congolais » : un pays solution pour la transition énergétique mondiale, mais qui exige en retour des investissements massifs dans ses infrastructures et son capital humain. La stratégie est assumée : ne plus subir les agendas des partenaires, mais imposer les priorités nationales et demander un alignement.
La délégation congolaise repart avec des engagements de principe et une feuille de route resserrée. Reste l’étape la plus difficile : livrer les réformes à Kinshasa pour débloquer les prochains décaissements. Le chronogramme est connu, les conditionnalités aussi. Le Gouvernement Suminwa joue désormais contre la montre, avec 2027 en ligne de mire pour montrer des résultats tangibles à la population.
O.Luamuele
