Anvers rend hommage à sept Congolais exhibés dans un « zoo humain » en 1894

À travers un geste hautement symbolique, la ville d’Anvers a inauguré, Mardi 12 Mai, un cénotaphe au cimetière de Schoonselhof en mémoire de sept Congolais morts lors de l’Exposition universelle coloniale de 1894. Plus d’un siècle après cette tragédie, cette cérémonie marque une étape importante dans la reconnaissance d’une des pages les plus sombres de l’histoire coloniale belge.

Le monument commémoratif honore ces Congolais arrachés à leur terre natale puis exhibés dans un « village africain » reconstitué, dans des conditions dégradantes assimilées aujourd’hui à celles des « zoos humains » de l’époque coloniale. Selon les archives historiques de la ville d’Anvers, les victimes sont décédées de dysenterie et de maladies pulmonaires après plusieurs semaines d’exposition au public.

Les sept Congolais enfin sortis de l’anonymat

Les sept victimes congolaises identifiées sont :

Sabo, Ngemba, Binda, Mangwanda, Kimpuka, Boki, Ndembo,
Originaires de l’État indépendant du Congo sous le règne du roi Léopold II, ils avaient été transférés en Belgique pour servir d’attraction ethnographique dans le cadre de l’exposition coloniale organisée à Anvers en 1894.
Lors de la cérémonie, la bourgmestre d’Anvers, Mme Els van Doesburg, a reconnu la responsabilité morale de la ville face à ce passé colonial douloureux.

Elle a évoqué « un moment de reconnaissance, de respect et de dialogue », estimant qu’Anvers devait assumer cette part de son histoire.
La cérémonie s’est déroulée en présence du consul général de la République Démocratique du Congo à Anvers ainsi que de plusieurs représentants de la diaspora congolaise.

Une mémoire longtemps ignorée

Très émue, Marie-Antoinette Kumudidi Walo, membre de la communauté congolaise d’Anvers, a expliqué que cette reconnaissance officielle est l’aboutissement de plusieurs années de mobilisation citoyenne et associative.
De son côté, Avenir Maseme, président de l’UDPS/Flandres, a dénoncé l’humiliation infligée aux Congolais exposés comme des « objets de curiosité ».

Un étudiant congolais, Bernaud Guy, a également rappelé que ces hommes avaient été « déportés du Congo pour être exhibés », saluant un acte de mémoire indispensable pour les générations futures.

Ce que devrait faire l’État congolais

En tant qu’État héritier de cette mémoire historique, la République Démocratique du Congo gagnerait à poser des actes forts pour honorer ces sept compatriotes victimes du système colonial.
Parmi les mesures attendues figurent notamment :

  • l’inscription officielle de leurs noms dans le patrimoine mémoriel national ;
  • l’érection d’un monument commémoratif à Kinshasa ;
  • l’intégration de cette histoire dans les programmes scolaires et universitaires ;
  • l’organisation annuelle d’une journée nationale de mémoire des victimes congolaises du colonialisme ;
  • ainsi qu’un travail diplomatique avec la Belgique pour poursuivre les recherches historiques et préserver les archives liées aux Congolais exhibés dans les expositions coloniales européennes.

Cette initiative d’Anvers apparaît aujourd’hui comme un signal fort contre l’oubli et une invitation à réhabiliter la dignité de ces Congolais longtemps effacés des récits officiels de l’histoire coloniale

Lionel IPAKALA Y.

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