Le dossier de l’assassinat de Patrice Lumumba refait surface avec un tournant judiciaire majeur. À 93 ans, le vicomte Étienne Davignon est renvoyé devant le tribunal correctionnel en Belgique pour son rôle présumé dans les événements ayant conduit à l’exécution du leader indépendantiste congolais en 1961.
Mais au-delà de la figure emblématique de Lumumba, les familles de deux compagnons d’infortune, de Joseph Okito et Maurice Mpolo entendent faire entendre leur voix. Tous deux, respectivement président du Sénat et ministre membre du Mouvement national congolais (MNC), ont été exécutés dans cette nuit d’horreur à shilatembo à 50 km de Lubumbashi, dans l’actuel Haut-Katanga, le 17 Janvier 1961, aux côtés de Lumumba.

Pourtant, selon leurs proches, leur mémoire reste largement reléguée au second plan dans le récit national.
Jacqueline Mpolo, fille de Maurice Mpolo, s’impose aujourd’hui comme l’une des figures les plus engagées dans cette quête de justice. Dans plusieurs interventions médiatiques, elle salue une avancée judiciaire tout en soulignant l’urgence du dossier :
« C’est un pas important, mais nul ne sait si Davignon sera encore en vie pour répondre de ses actes », déclare-t-elle.
Depuis plus d’une décennie, les familles des victimes, soutenues notamment par l’avocat Alexis Deswaef, poursuivent leur combat devant les juridictions belges. Leur objectif est clair : faire reconnaître un crime d’État, obtenir des réparations et inscrire durablement les noms d’Okito et Mpolo dans l’histoire officielle de la République Démocratique du Congo.

Ce renvoi en correctionnel met également en lumière la lenteur des procédures judiciaires liées au passé colonial belge, ainsi que les difficultés persistantes à établir les responsabilités historiques. Il pose une question essentielle : la Belgique et notamment les USA , qui ont joué un rôle clé dans ce crime, sont-ils prêts à assumer pleinement leurs rôles dans cette page sombre de l’histoire de la République Démocratique du Congo ?
Plus de soixante ans après les faits, l’enjeu dépasse le cadre judiciaire. Il touche à la mémoire collective et à la reconnaissance de tous les acteurs de l’indépendance congolaise. Pour les familles, il ne s’agit pas seulement de Lumumba, mais bien de trois hommes exécutés le même jour, pour une même cause.
Alors que le procès se profile, une exigence demeure : vérité, justice et reconnaissance et surtout réparation pour l’ensemble des martyrs de l’indépendance congolaise.
Lionel IPAKALA Y.
