La qualité de l’enseignement supérieur en République Démocratique du Congo (RDC) a dominé les débats au Sénat lors de deux séances plénières tenues les 29 Avril et 5 Mai. Au centre des échanges : la question orale avec débat initiée par le sénateur Patrice Pungwe, qui dénonce le décalage croissant entre la multiplication des établissements d’enseignement supérieur et la dégradation du niveau de formation.
Face au ministre de tutelle, les sénateurs ont exprimé de vives inquiétudes concernant plusieurs dysfonctionnements persistants du secteur :
absence de formation continue structurée pour les enseignants, faibles critères d’agrément des établissements, fraude sur les parcours académiques, insuffisance de sécurisation des diplômes et de l’identité numérique des étudiants, ainsi que le manque de financement de la recherche scientifique.
En réponse, la ministre a reconnu l’existence de graves failles dans le système éducatif, tout en assurant que le Gouvernement a engagé plusieurs réformes. Parmi elles figurent la suspension temporaire de la création de nouvelles universités, l’introduction progressive des technologies de l’information dans l’enseignement, la mise en œuvre du système Licence-Master-Doctorat (LMD), ainsi que le renforcement des mécanismes d’évaluation et d’encadrement des établissements.
Des annonces jugées insuffisantes par le sénateur Patrice Pungwe. Pour l’élu du Haut-Katanga, la situation actuelle illustre une crise structurelle profonde :
« Jamais notre pays n’a compté autant d’universités et d’instituts supérieurs, et pourtant jamais la qualité de l’enseignement, des infrastructures et de la recherche n’a été aussi préoccupante », a-t-il déclaré.
Tout en reconnaissant le principe de la réforme LMD, le sénateur estime que son application mécanique a engendré de nombreuses incohérences dans l’organisation des cursus, la durée des études et la reconnaissance des diplômes, tant au niveau national qu’international.
Patrice Pungwe plaide ainsi pour une révision en profondeur du système et appelle à des mesures :
« fortes et courageuses » pour redresser le secteur.
Il propose notamment un ensemble de 17 recommandations, parmi lesquelles :
La création d’une commission nationale indépendante d’évaluation de la loi-cadre sur l’enseignement ;
Le renforcement de l’agence d’assurance qualité de l’enseignement supérieur ;
Un moratoire sur l’ouverture de nouvelles universités ;
L’amélioration des capacités pédagogiques des enseignants via la formation continue ;
L’investissement massif dans les infrastructures universitaires ;
Le financement structuré de la recherche scientifique ;
La revalorisation et la reconnaissance internationale des diplômes congolais.
Ces propositions, combinées à celles d’autres sénateurs, seront examinées en plénière avant d’être transmises au Gouvernement pour mise en œuvre.
En conclusion, le sénateur Pungwe appelle l’exécutif à sortir de l’inertie : pour lui, « le statu quo n’est plus acceptable » face à l’urgence de sauver l’avenir intellectuel du pays.
Cadhy Mboma
