La situation humanitaire continue de se détériorer dans la province de l’Ituri, située dans la partie nord-est de la RDC. Dans un rapport publié le 30 avril 2026, Médecins Sans Frontières (MSF) tire la sonnette d’alarme face à la recrudescence des violences armées et à l’aggravation des besoins humanitaires dans plusieurs zones affectées par les affrontements.
L’organisation humanitaire, basée à Bunia, dénonce une crise devenue « alarmante » après la reprise des combats entre les éléments de la Convention pour la Révolution Populaire (CRP) et les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Ces violences ont provoqué d’importants déplacements de populations, plongeant des milliers de familles dans des conditions de vie extrêmement précaires.
Selon MSF, les déplacés font face à une pénurie de nourriture, à un accès limité à l’eau potable ainsi qu’à un manque criant d’abris. L’organisation s’inquiète également de la montée des risques sanitaires dans les sites d’accueil surpeuplés.
Depuis Février 2026, la localité de Bule, située à l’est de Fataki, est devenue l’un des principaux foyers des affrontements armés. Une région déjà fragilisée depuis plusieurs années par l’insécurité chronique et les violences communautaires :
« Les populations civiles paient le plus lourd tribut de cette crise », alerte MSF, évoquant des cas répétés de violences sexuelles, des civils blessés par balles ainsi que des familles contraintes d’abandonner leurs habitations pour fuir les combats.
Le rapport indique qu’entre décembre 2025 et mars 2026, au moins 40 personnes ont été tuées et 42 autres blessées lors des attaques enregistrées dans la province.
Par ailleurs, les données du Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA) révèlent que plus de 900 000 personnes ont été déplacées en Ituri à cause des violences armées. Rien qu’au premier trimestre 2026, environ 100 000 nouveaux déplacés ont été recensés.
La crise affecte également gravement le système sanitaire local. À Fataki, sept centres de santé sur quatorze ont fermé leurs portes avant d’être relocalisés vers les camps de déplacés de la plaine Savo.
MSF affirme avoir renforcé ses interventions médicales à travers des consultations en soins de santé primaire, la prise en charge des victimes de violences sexuelles ainsi que le traitement des cas de malnutrition, d’infections respiratoires et de maladies gastro-intestinales. L’organisation rapporte également plus de 10 000 consultations liées à des cas de diarrhée.
En collaboration avec les autorités sanitaires locales, les équipes de MSF poursuivent aussi des interventions chirurgicales et des activités de nutrition à l’hôpital général de Fataki.
Malgré ces efforts, l’organisation estime que ses capacités restent largement insuffisantes face à l’ampleur de la crise :
« Sans une réponse rapide dans les secteurs de la santé, de la sécurité alimentaire, de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement, la situation risque de s’aggraver davantage », prévient Sylvain Groulx, représentant de MSF.
L’organisation appelle les autorités congolaises ainsi que les partenaires humanitaires à renforcer d’urgence l’assistance aux populations affectées et à garantir un accès sécurisé aux zones touchées par les violences.
Gabriel Makabu, Correspondant / Kisangani
