Le gouvernement congolais est appelé à sévir contre les dérives observées sur les réseaux sociaux en République Démocratique du Congo. La décision a été annoncée à l’issue du dernier Conseil des ministres, au cours duquel le Président Félix Tshisekedi a instruit l’Exécutif de mettre fin à ce qu’il considère comme une « anarchie numérique », rapporte l’Agence Congolaise de Presse (ACP).
Désinformation et discours de haine dans le viseur
Selon le compte rendu consulté par l’ACP, le Chef de l’État a déploré le fait que les réseaux sociaux, initialement conçus comme des outils d’expression et d’information, soient devenus des vecteurs de désinformation, d’injures publiques, de discours de haine et d’incitation à la division.
Ces pratiques, estime-t-il, portent atteinte à la cohésion nationale, à l’ordre public et à la stabilité sociale.
Le Code du numérique rappelé
Pour répondre à ces dérives, le Président a rappelé que la RDC dispose déjà d’un Code du numérique encadrant l’usage des plateformes digitales et prévoyant des mécanismes de prévention, de régulation et de sanction.
Toutefois, toujours selon l’ACP, Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité de vulgariser cet instrument juridique afin qu’il soit mieux connu du public et effectivement appliqué, y compris par certains acteurs institutionnels.
Dans cette optique, il a instruit le ministre d’État, Ministre de la Justice ainsi que le ministre de l’Économie numérique de proposer, en concertation avec les services compétents, des mesures d’encadrement destinées à promouvoir un usage responsable, éthique et rationnel des réseaux sociaux.
Des mesures restrictives proportionnées, conformes à la loi et respectueuses des libertés fondamentales, pourraient être envisagées si nécessaire.
Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a pour sa part reçu la mission d’assurer la vulgarisation de la loi. À plusieurs reprises, il a alerté sur le rôle des réseaux sociaux comme « vecteur majeur de fausses informations », qualifiant la désinformation numérique de menace pour la cohésion nationale.
Une confusion des rôles dénoncée
Dans l’espace numérique congolais, la frontière entre journalistes et influenceurs tend à s’estomper. Certains observateurs dénoncent un climat d’impunité favorisant les contenus injurieux, les accusations sans preuve et les atteintes à la vie privée de personnalités publiques.
Interrogé par l’ACP, un expert du secteur ayant requis l’anonymat déplore une course aux vues et à la monétisation, alimentée par des contenus sensationnalistes et diffamatoires.
Vers une application plus rigoureuse de la loi
Face à cette situation, le Président de la République entend mettre un terme aux abus, tout en conciliant régulation et respect des libertés fondamentales. L’application effective du cadre légal existant, combinée à des campagnes de sensibilisation, figure parmi les priorités assignées au gouvernement.
Pour les autorités, il s’agit de restaurer un climat numérique apaisé et responsable, à la hauteur des aspirations d’une société congolaise attachée à l’unité et à la stabilité.
Lionel IPAKALA
