BCC : derrière le discours du gouverneur Wameso, des solutions jugées déconnectées des réalités économiques

L’intervention du Gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, lors de la 85ᵉ réunion du Conseil des ministres, continue de susciter des réactions critiques dans les milieux économiques. Parmi les voix les plus incisives, celle de Jo M. Sekimonyo, économiste politique et chancelier de l’Université Lumumba. Interviewé par la rédaction de la unefm.cd cet économiste remet en cause la cohérence entre le diagnostic posé et les solutions proposées.

Un discours technique mais éloigné du vécu quotidien

Lors de son intervention du 3 Avril, le Gouverneur de la BCC a dressé un tableau appuyé par des références aux tensions géopolitiques internationales, à la volatilité des prix du pétrole et aux coûts du transport. Une approche jugée rigoureuse sur le plan analytique.
Cependant, pour Sekimonyo, cette sophistication masque une réalité plus simple dans un pays comme la République Démocratique du Congo : ces chocs extérieurs se traduisent avant tout par une hausse directe du coût de la vie pour les populations.

Selon lui, le langage technique crée une distance qui dilue la perception concrète des enjeux.

Diversification énergétique : une marge de manœuvre illusoire ?

Parmi les pistes avancées, la diversification des sources d’approvisionnement en pétrole est présentée comme un levier stratégique. Une approche que critique l’économiste, rappelant que le pays s’approvisionne déjà via des circuits régionaux comme la Zambie, la Tanzanie ou l’Angola.

Ce marché est dominé par des acteurs privés tels que Total Energies, Engen ou Cobil, qui s’approvisionnent aux prix internationaux. Autrement dit, peu importe l’origine ou le circuit, les prix restent dictés par le marché mondial.

Pour Sekimonyo, parler de diversification comme solution revient donc à surestimer la capacité d’action nationale sur des variables externes.

Suivi des prix : observer sans pouvoir agir

Autre mesure évoquée : le renforcement du suivi des prix et des coûts logistiques. Là encore, la critique est sévère. Si cet outil permet une meilleure compréhension des évolutions, il ne constitue en rien un levier pour influer sur la formation des prix.

L’analyste compare cette approche à un simple exercice d’observation : suivre une tendance sans disposer des moyens nécessaires pour en modifier le cours. L’État, selon lui, se limite à constater une dynamique qu’il subit davantage qu’il ne la contrôle.

Fiscalité en franc congolais : une réponse hors sujet ?

La décision d’imposer le paiement des impôts en franc congolais est également remise en question. Pour Sekimonyo, cette mesure agit sur le plan monétaire interne alors que les tensions décrites sont essentiellement externes.
Dans une économie où les dépenses publiques et les importations stratégiques restent largement libellées en devises, notamment en dollars, l’impact réel serait limité.

Les flux finissent de toute façon par converger vers la Banque Centrale pour financer les engagements extérieurs.

La dédollarisation, grande absente du débat

Au-delà des critiques techniques, Sekimonyo pointe surtout ce qu’il considère comme un angle mort du discours : l’absence d’une stratégie claire de dédollarisation du secteur public.
Il plaide pour une réforme plus structurelle, fondée sur la perception des recettes publiques exclusivement en monnaie nationale.

Une telle orientation, selon lui, permettrait de renforcer la crédibilité du franc congolais et de soutenir une création monétaire capable d’alimenter une dynamique économique interne.
Cette approche pourrait notamment contribuer à réduire la dépendance aux importations pétrolières, qui représenteraient entre 25 % et 30 % des importations totales du pays, un poids significatif sur la demande en devises.

Un discours convaincant en surface, contesté sur le fond

Au final, l’économiste reconnaît au Gouverneur de la BCC une certaine maîtrise du langage et des mécanismes économiques. Mais il estime que cette apparente solidité s’effrite à mesure que l’on examine la cohérence entre les problèmes identifiés et les solutions avancées.
Derrière un discours jugé structuré et convaincant à l’écoute, Sekimonyo voit un ensemble de mesures périphériques qui évitent les réformes de fond.

Une critique qui relance le débat sur la capacité des autorités monétaires à apporter des réponses adaptées aux défis économiques du pays.

Lionel IPAKALA Y.

Plus de lectures incontournables

Les plus récents