Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, a exprimé sa colère et sa profonde déception à l’égard du Gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, lors de sa visite au marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando » ; « Gare à vous si je reviens encore voir le niveau d’insalubrité que j’ai constaté ici », a lancé le chef de l’État au Gouverneur de la capitale, dans un ton particulièrement ferme.
Cette visite intervient près d’une année après son précédent passage au grand marché, au cours duquel il avait ordonné la libération et l’ouverture de toutes les voies d’accès de ce principal centre commercial de la capitale congolaise.
Tout au long de la descente présidentielle, la déception du chef de l’État face à la gestion de la salubrité urbaine à Kinshasa était perceptible.

Une réaction qui rappelle sa récente sortie médiatique au cours de laquelle il avait déclaré sans détour : « Kinshasa est sale ».
Quelques semaines plus tard, lors de la dernière conférence des Gouverneurs, Daniel Bumba avait pourtant défendu son bilan en affirmant que « Kinshasa se fatshise », évoquant notamment les travaux de construction et de réhabilitation des routes visant à désenclaver la ville et à fluidifier la circulation.
Si plusieurs observateurs reconnaissent les efforts entrepris dans la modernisation de certaines infrastructures routières de la capitale, de nombreuses voix continuent néanmoins de dénoncer la dégradation persistante de l’environnement urbain et l’insalubrité croissante dans plusieurs communes de Kinshasa.
Des critiques qui semblent désormais rejoindre les préoccupations exprimées publiquement par le président de la République.
Le lendemain de cette visite présidentielle, les Kinois ont assisté à un important déploiement de bulldozers et d’engins de nettoyage autour du grand marché. Des opérations supervisées notamment par le vice-gouverneur de Kinshasa afin de dégager les immondices et assainir les encablures de Zando.
Une réaction qui soulève cependant plusieurs interrogations au sein de l’opinion publique : fallait-il attendre le coup de gueule du chef de l’État pour engager des travaux qui relèvent pourtant d’une mission quotidienne des autorités urbaines ?
Ces opérations d’assainissement s’inscrivent-elles dans une politique durable ou visent-elles simplement à répondre à la pression présidentielle et médiatique ?
Au-delà des actions ponctuelles, la question de fond reste entière : comment résoudre durablement le problème de l’insalubrité dans une ville de plus de 15 millions d’habitants souvent citée parmi les capitales les plus sales du continent ?

Pour plusieurs experts en urbanisme et gouvernance locale, l’éradication de l’insalubrité à Kinshasa passe par une stratégie globale et permanente. Celle-ci devrait notamment inclure :
- la création d’une brigade spéciale de salubrité active dans toutes les communes ;
- l’installation de poubelles publiques et de centres modernes de collecte des déchets ;
- la responsabilisation directe des bourgmestres sur l’état de propreté de leurs juridictions ;
- l’interdiction stricte des marchés anarchiques et des occupations illégales des emprises publiques ;
- l’organisation d’un système régulier et transparent d’évacuation des déchets ;
- des campagnes permanentes de sensibilisation citoyenne ;
- ainsi que l’implication du secteur privé dans le recyclage et la gestion des déchets.
Car pour de nombreux observateurs, la salubrité de Kinshasa ne peut dépendre uniquement des descentes du chef de l’État ou des opérations de façade organisées dans l’urgence.
Le défi pour les autorités provinciales reste désormais de transformer les annonces et opérations ponctuelles en une véritable politique publique durable capable de redonner à Kinshasa l’image d’une capitale moderne, organisée et respectueuse des normes élémentaires d’hygiène urbaine.
Lionel IPAKALA Y.
