La Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, a reçu mardi 28 avril le caucus des députés nationaux élus du Kongo Central, conduit par son président Pierre Nsumbu. Au cœur des échanges : l’état d’avancement du port en eau profonde de Banana, à Moanda, présenté comme une infrastructure stratégique pour la République démocratique du Congo.
Dès l’entame de la rencontre, les élus ont exposé le motif de leur démarche. Informés de « certaines manœuvres et lenteurs » constatées sur le terrain, susceptibles de retarder l’exécution du projet, ils ont sollicité sans délai la Cheffe du Gouvernement pour obtenir des garanties claires. « Nous ne nous opposons pas au projet route-rail, présenté comme un projet d’intégration régionale, mais nous insistons pour que le port de Banana soit priorisé, conformément aux engagements déjà pris par le Gouvernement », a précisé l’élu de Mbanza-Ngungu, Pierre Nsumbu.
Pour le caucus, la vigilance exercée s’inscrit dans leur rôle constitutionnel : veiller aux intérêts de la province et de la nation, et s’assurer que l’exécutif mène à bien ses engagements jusqu’à leur terme. Le port de Banana, ont-ils rappelé, dépasse largement le cadre provincial. Il est perçu comme un projet à fort effet de levier pour rebooster l’économie locale, désenclaver la région du Kongo Central, améliorer la compétitivité maritime de la RDC et générer des retombées durables pour l’ensemble du pays.

Une priorité réaffirmée par l’exécutif
Face aux inquiétudes, Judith Suminwa a renouvelé l’assurance que l’accélération des travaux de Banana « demeure une priorité absolue du Gouvernement ». Les députés ont salué « l’écoute et la détermination » de la Première ministre, qui suit personnellement le dossier.
La Cheffe du Gouvernement a rappelé les actes déjà posés. Après un déplacement à Dubaï en avril 2025 auprès de l’opérateur portuaire DP World, partenaire du projet, elle s’est récemment rendue sur le site de Moanda pour relancer concrètement l’avancement des travaux. Cette descente sur le terrain, selon les élus, a insufflé « une dynamique nouvelle » qu’ils entendent voir se poursuivre sans interruption.
Le projet du port en eau profonde de Banana est présenté par l’exécutif comme l’un des chantiers structurants du quinquennat du Président Félix-Antoine Tshisekedi. Doté d’un tirant d’eau permettant d’accueillir des navires de grande capacité, il doit offrir à la RDC un accès maritime direct, réduire la dépendance aux ports étrangers et positionner le pays comme hub logistique régional. Les travaux portent sur la construction des quais, du terminal à conteneurs, des zones industrielles et des plateformes multimodales devant connecter Banana à l’hinterland par route et par rail.

Des élus partenaires mais vigilants
Si le caucus soutient l’intégration régionale, notamment à travers le corridor route-rail évoqué dans plusieurs schémas de développement, il exige que Banana ne soit pas relégué au second plan. Les députés craignent que des arbitrages budgétaires ou des lenteurs administratives ne freinent le chantier, alors que les attentes des populations sont fortes en matière d’emplois, de recettes douanières et de désenclavement.
« En veillant au grain, les députés nationaux se posent en partenaires exigeants mais constructeurs, déterminés à ce que l’État honore ses promesses et que les chantiers prioritaires aillent jusqu’à leur aboutissement », a résumé un membre du caucus à l’issue de la réunion.
La rencontre de mardi intervient dans un contexte où le Gouvernement Suminwa multiplie les signaux sur les grands projets d’infrastructures. Après le lancement du premier eurobond de 1,25 milliard USD et les états généraux des postes et télécommunications, l’exécutif veut démontrer sa capacité à transformer les engagements en réalisations visibles.
Pour la Primature, le port de Banana est un test de crédibilité. Sa concrétisation doit prouver que la RDC peut conduire des projets complexes, mobiliser des partenaires internationaux comme DP World et livrer des infrastructures aux standards mondiaux.

Les élus du Kongo Central ont promis de maintenir la pression constructive. Ils demandent un calendrier d’exécution clair, des rapports d’étape réguliers et la levée des obstacles administratifs. La Première ministre s’est engagée à renforcer le suivi interministériel et à associer les élus au monitoring du projet.
À Moanda, les travaux de terrassement et de préparation du site se poursuivent. L’enjeu, désormais, est d’accélérer la phase de construction pour que le premier quai soit opérationnel dans les délais fixés par le contrat. Pour Kinshasa, Banana n’est pas seulement un port : c’est la porte maritime de la souveraineté économique congolaise.
O. Luamuele
