Paix sous hypothèque : quand la RDC sacrifie son avenir au nom d’une stabilité illusoire

Au nom d’une paix fragile et d’une coopération régionale asymétrique, la République Démocratique du Congo engage ses ressources, son avenir et celui des générations futures. Un choix politique lourd de conséquences, révélateur d’un échec intellectuel et stratégique profond de ses élites, là où une solution congolaise, par les Congolais et pour les Congolais, demeure volontairement écartée.

La République Démocratique du Congo hypothéque sa richesse nationale et celle des générations futures pour acheter une paix fragile, alors que la crise actuelle dans sa partie orientale pourrait être réglée par les Congolais, pour les Congolais, par un simple acte de décision politique, à l’image du coup de téléphone qui permit à John F. Kennedy et Nikita Khrouchtchev de désamorcer la crise des missiles de Cuba, mais ici entre Congolais.

Pourtant, une question décisive demeure absente du discours officiel comme des arguments avancés par la partie congolaise. Qu’il s’agisse du gouvernement, de l’opposition, des Églises ou de la société civile.
Comment justifier que la République Démocratique du Congo, pays identifié comme concentrant la plus forte pauvreté extrême au monde et figurant parmi les derniers rangs en matière de capital humain, soit sommée de prioriser le développement économique régional ?

Sur quels corps sociaux une telle injonction repose-t-elle, et avec quels instruments réels de compensation ou de reconstruction ? Une coopération régionale fondée sur l’épuisement d’un seul pays, et surtout de celui dont les habitants comptent parmi les plus démunis et les plus affamés, par l’asymétrie et la contrainte, ne produit ni paix ni prospérité, mais accroît la frustration et l’humiliation de l’agressé, préparant ainsi l’instabilité future qu’elle prétend prévenir.

L’immoralité d’un tel raisonnement n’a pas à être dénoncée par l’agresseur, par les acteurs prédateurs de la région ou par les puissances qui s’érigent en arbitres. Elle aurait dû constituer le cœur même de l’argumentation congolaise, et son absence révèle un échec qui n’est pas seulement diplomatique ou stratégique, mais profondément intellectuel de la part de l’ensemble de l’élite congolaise.

Patrice Lumumba, un ” semi-illettré “, l’avait formulé avec une clarté stratégique remarquable dans son discours du 30 juin 1960 :

« Chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter , non seulement sur nos forces immenses et nos richesses considérables, mais aussi sur l’assistance de nombreux pays étrangers, dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et qu’elle ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit. »

L’assistance étrangère était ainsi pensée comme un échange fondé sur le savoir-faire, la formation et la construction nationale, et non comme un mécanisme de liquidation des ressources. La coopération devait constituer un levier d’autonomisation. Elle est aujourd’hui trop souvent conçue comme une substitution à la souveraineté.
Hier la Chine, tout comme aujourd’hui les États-Unis, disposent d’une capacité réelle à enseigner, structurer et accompagner. Ils disposent également d’une capacité éprouvée à exploiter lorsque les vœux ou la politique économique d’une nation le permettent.

Pour le cas de la République Démocratique du Congo, ce basculement ne relève pas d’une fatalité externe, mais d’une défaillance interne, celle de l’exigence politique. Il ne s’agit jamais d’apprendre à pêcher, mais de brandir rapidement des accords, des infrastructures symboliques et des promesses de croissance destinées à nourrir le prestige des régimes signataires et à assurer leur préservation politique.

Les ambitions qui président à ces deals ne visent pas la transformation structurelle, mais l’illusion de la performance immédiate et la monétisation du pouvoir. Même après l’indépendance, et malgré les vagues successives de prétendues révolutions et de renouveaux proclamés, nous sommes demeurés dépendants du prêt-à-porter en matière de politique économique. Le peuple se satisfait trop souvent des intentions proclamées et des efforts affichés, au lieu d’exiger la pertinence des initiatives, leur fondement empirique et des résultats concrets et mesurables.

Jo M. Sekimonyo

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