Lumbu Maloba, comment Gbanda, Kengo et Vundwave ont soutenu l’UDPS

« Kata ndenge okataka… loba lisusu », «Babotoli yo vidéo »  (Ndlr « impose encore tes sentences… décide encore! », «on t’a dépouillé de ton plein pouvoir »). Dans son tube, “Mokolo Tonga”, Franco Luambo Makiadi déverse une salve des diatribes sur Kengo wa Dondo, sans le citer nommément. Tout le monde avait compris. Mais pas la raison de l’éjection du poste stratégique du Procureur Général de la République de « Monsieur la Rigueur » par Mobutu qui le sublimait pourtant. Un article sur la création de l’UDPS, actuel parti présidentiel, paru chez nos confrères d’Ouragan, étale des bribes des faits qui ont contraint Mobutu à éloigner de son cercle restreint même Gbanda et Vundwawe.

Dinosaure, Terminator, Hibou, etc., des noms rappelant des personnages monstrueux des films d’action américains ont été collés à des acteurs majeurs de l’appareil de l’État mobutien, au temps fort de la contestation du MPR Parti-État. Étaient-ils foncièrement des iconoclastes et des prêts-à-étouffer toute idée d’ouverture politique au nom du statu quo ?

Dans son ouvrage-mémoires, “Mon apport dans le triomphe de la démocratie multipartiste”, Protais Lumbu Maloba Ndiba dit aussi Lumbu IV, l’un des 13 parlementaires, en fait commissaires du peuple, pour reprendre la terminologie de l’époque, et cofondateur encore en vie de l’UDPS, remonte à la genèse ” du deuxième parti”. Lumbu démontre par des faits combien ceux-là que la mémoire collective a mis à l’index comme des apparatchiks du MPR Parti-État, ont , au contraire , apporté leur obole, au risque de leurs fonctions et vie, à l’érection de l’Udps.

Début Janvier 1981, le procès Ngalula et Consorts, auteur d’une lettre ouverte fleuve au futur Maréchal du Zaïre, n’aura plus lieu, ” la Cour suprême de Justice s’étant dessaisi”, écrit Lumbu Maloba. Le 8 Janvier, après la levée de l’immunité par le Conseil législatif (Assemblée Nationale) , le Président de la République autorise la poursuite des auteurs de la lettre ouverte.

Pour Tshisekedi Wa Mulumba, deux autres chefs d’accusation, distribution des tracts et détournement du riz américain. L’action tant attendue par Mobutu se heurte au gel de l’appareil judiciaire :

Le président du Conseil judiciaire Kengo Wa Dondo se limitait à envoyer son questionnaire aux magistrats…”, révèle Lumbu Maloba.

Le désarroi à la présidence est que “le conseiller spécial du Président de la République, monsieur Seti Yale, se rappelle Lumu, s’amenait régulièrement pour poser lui-même et particulièrement à monsieur Tshisekedi certaines questions, raison pour laquelle les séances étaient parfois houleuses dès que le collègue Tshisekedi s’énervait. (…) Finalement le ministère public informe la Cour suprême de la décision d’abandonner des poursuites..”.

Au début de la décennie 80, Kengo incarnait la justice au Zaïre. Fort probable qu’il eût joué une certaine influence dans l’affaire. Fin 1981. Lumbu Maloba note ” nous fûmes reçus par le vice-Premier commissaire d’État et Commissaire d’État au département des Affaires politiques et Décentralisation, le citoyen Vunduawe Te-Pemako qui était assisté du Conseiller diplomatique du chef de l’État, le citoyen Ngbanda.

Au terme d’un accueil chaleureux et marqué par des éloges des parcours des uns et des autres, singulièrement sur Ngalula Mpandanjila qu’il a conseillé de se consacrer à ses mémoires et Étienne Tshisekedi, son aîné juriste, Vunduawe reprit qu’il était au courant que “nous avions créé un parti politique dénommé Union Démocratie pour le Progrès Social. En bref, il était disposé de collaborer avec nous“.

Vunduawe, selon le récit de Protais Lumbu Maloba, était sincère dans son option. “Nous lui avons demandé de recevoir un autre jour notre délégation qui allait lui apporter nos considérations sur ce qu’il nous avait dit.

Il accepta et ce fut le début des négociations. Il eut à recevoir d’abord la délégation composée de Kibassa, Ngalula, Makanda et Tshisekedi, puis Tshisekedi et Kibassa, et souvent il invitait Tshisekedi à sa résidence“, note Lumbu.

Mais Makanda était demeuré sceptique face à l’accolade d’un si proche de Mobutu, maniaque du Parti-État. Il exige des garanties face au risque de se faire arrêter si l’un de 13 parlementaires apportait un document sur le parti à Vunduawe.

Le citoyen Vunduawe accorda toutes les garanties possibles d’exhiber n’importe quel document sans avoir la crainte d’être inquiétés. (…) La délégation qui se faisait recevoir par le citoyen Vunduawe nous faisait des comptes-rendus. Il s’avérait de plus en plus que la création d’un deuxième parti politique devrait être acquise par la lutte et non comme un cadeau “.

Lumbu Maloba ne dit pas dans son ouvrage si Vunduawe avait collaboré à la rédaction de la fameuse lettre du 15 Février 1982, signée par les 13 parlementaires , en fait commissaires du peuple, terme consacré à l’époque. Mais Lumbu écrit que “nous avions constaté que la constitution de 1967 proclamait en son article 4, l’existence de deux partis politiques.

Le texte avait été adopté et soumis à la signature de douze parlementaires revenus à Kinshasa“, à savoir Biringamine Mugaruka, Dia Onkem-A-Mbel, Kanana Tshiongo, Kapita Shabangi, Kasala Kalamba, Kyungu wa ku Mwanza, Lumbu Maloba Ndiba, Lusanga Ngiele, Makanda Mpinga Shambuyi, Ngalula Mpandanjila, Ngoy Moukendy et Tshisekedi wa Mulumba. ” Le 13ème parlementaire, le citoyen Mbombo Lona n’étant pas revenu, le citoyen Kibassa qui était un élu du bureau politique signa avec les douze commissaires du peuple.

Le professeur Dikonda n’étant pas un élu, ne signa pas cette lettre. (…) En vue d’agrandir le cercle…il fut décidé de rencontrer aussi les non-parlementaires, et c’est à la résidence du citoyen Mbwankiem que cet événement eut lieu“.

C’est là qu, aux côtés de Kishwe, Mayamba, Mwefi, etc., Lumbu Maloba dit avoir ” eu l’honneur” de rencontrer Marcel Antoine Lihau Ebua Libana la Molengo. Originaire de Lisala comme Mobutu, constitutionaliste et premier président de la Cour suprême de justice du Congo en 1968 et révoqué en 1975 et placé sous résidence surveillée, pour avoir refusé de coller des peines lourdes à des leaders d’une contestation estudiantine, il devient, en 1980, professeur invité à la faculté de droit de Harvard.

Si avec les parlementaires, on s’était déjà entendu chez Ngalula sur la dénomination Union Démocratique pour le Progrès Social, la dénomination finalement adoptée chez Mbwankiem fut Union pour la Démocratie et le Progrès Social, et cela après l’intervention du professeur Lihau. (…) Il fut décidé que le document [l’acte fondateur du parti, Ndlr] serait gardé chez le fondateur Tshisekedi dont l’accès à la résidence était plus facile à cause de son emplacement à Gombe, et aussi en tenant compte de son carnet d’adresses !“.

Et pour la vulgarisation du parti au Shaba , actuel Grand Katanga, Lumbu note une fois encore l’implication de Vunduawe. ” (…) le fondateur Kyungu wa ku Mwanza (…) prit les précautions d’informer le Vice-Premier Commissaire d’État Vunduawe “.

LA FURIE DU MARÉCHAL

Entre un mois, entre Février et Mars 1982, Lumbu, Kibassa et Kyungu ratissent large l’alors Shaba avec le soutien d’un directeur de la Sncz, des cadres de la Gécamines et des leaders d’opinion locaux dont Maman Agathe Mulimbi, présidente des femmes commerçantes du Shaba, le géologue Kasongo Numbi… l’élite Kasaïenne de Lubumbashi, note Lumbu. À Lubumbashi, Kyungu wa ku Mwanza déchire publiquement une copie du Manifeste de la N’sele.

Le succès immense obtenu en rien de temps au Shaba… avait effrayé le pouvoir qui prit des mesures d’éloignement à l’encontre de nos interlocuteurs du pouvoir qui avaient accepté de négocier avec nous. Le citoyen Vunduawe perdit son poste de Vice-Premier Commissaire d’État et Commissaire d’État aux Affaires politiques et Décentralisation et fut accusé dans l’affaire des débits d’office pendant que le conseiller diplomatique Ngbanda avait été nommé ambassadeur à Tel-Aviv“, révèle Lumbu Maloba.

En outre, le Président Mobutu fait un meeting dans lequel, il rejette la création d’un second parti politique, et impose le monopartisme par les slogans, “Parti bo, moko. Maman bo moko. Tata bo, moko. Bokonzi bo moko ” ( Ndlr un seul parti politique, comme un famille n’ayant qu’un seul Père, une seule mère, un seul pouvoir), qui passeront en boucle à la radio et télé singulièrement avant les informations.

Coup d’épée dans l’eau.
Le vent timide du multipartisme se muera en anticyclone, force 10.

(Pold LEVI)/LaUnefm.cd

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