Sur la XIIème Rue, côté industriel, il y a des passants qui ont tellement de la nausée au point de vomir. D’autres lancent des quolibets et des jurons espiègles à caractère ethnique, certains sourient et apprecient. Sur le terrain vague qui sépare le petit et le grand boulevards, une masure a été construite de bric et de broc, en un laps de temps. Et depuis quelques jours, dans une ambiance des tubes de Bayouda du Congo qui crèvent des décibels, cinq jeunes gens tiennent un take away avec un mets exclusif, le chawarma traditionnel à base de la viande de Tshibèlèlè ( Ndlr viande de chien) :
“Nous avons une grande clientèle. Le succès de notre business est garanti par son emplacement juste à côté du parking des moto-taxis”, déclare, tout serein, le cordon bleu qui, en ce matin du 4 février 2026, grillait déjà deux petits chiots.
Et d’ajouter :
” la viande du chien, le Tshibèlèlè, donne de la vivacité , de l’endurance , elle vous remonte le moral, et surtout , protège la peau contre les rayons solaires . Les moto-taximen doivent en consommer pour leur dur travail”.
À quelques pas de la grillade, son ami que nous appellerons Laureto, renchérit :
“Ne vous en faites pas, à Kinshasa, des personnes issues de toutes les tribus congolaises consomment le Tshibèlèlè… Nous en avons la ferme conviction par la diversité culturelle de notre clientèle”.
Et d’un air désintéressé, il fait comprendre que tous les animaux de compagnie dont les chiens et les chats, de toutes races, ont été intégrés dans la chaîne alimentaire du Congolais, le Kinois en particulier :
“Pensez-vous que la viande qui vous est présentée dans les malewas, dans des restaurants, c’est toujours la vache, la chèvre ou le porc ? “, poursuit-il avec un éclat de rire.
Quid du respect des normes sanitaires ?
Le boss du take away se montre plutôt évasif mais rassure que ses chiens sont nourris et protégés. En RDC, voilà un peu plus de deux ans depuis qu’un élu national a déposé une proposition de loi visant à réguler l’élevage, l’exportation et l’importation des chiens de race.

Mais cette proposition n’a pas encore été alignée pour un examen en plénière. La RDC compterait au moins 23 800 sites d’élevage des chiens. Il y en est qui sont bien structurés comme Kin Club canin, Save animals, Fadil.. Lubumbashi Dog Lovers :
« Il y a aussi des éleveurs qui opèrent dans l’informel comme ceux qui vendent les chiens près de l’aéroport de N’dolo », poursuit l’expert.
Voilà sans doute pourquoi le Président Félix Tshisekedi a, lors de la réunion du Conseil des Ministres du 19 Avril 2024, demandé au Ministre de l’Intérieur, Sécurité et Affaires Coutumières d’adopter une réglementation “stricte” dans les domaines de l’élevage et de la possession des chiens d’attaque et de défense. Le chef de l’Etat a, en effet, constaté une certaine prolifération inquiétante de la possession, par les ménages, de chiens d’attaque et de défense réputés pour leur agressivité et leur dangerosité.
Il a recommandé à Jacquemin Shabani Lukoo de se pencher, en urgence, avec le concours des Gouvernements de Provinces ainsi que des conseils communaux, sur l’adoption d’une réglementation ainsi que des mécanismes y afférents, couvrant les domaines de l’élevage, de l’importation, de la reproduction, de la vente et enfin de la possession de chiens domestiques, particulièrement ceux de types molossoïdes ou encore de défense et d’attaque. Cette réglementation devrait être assortie d’un contrôle obligatoire sur les aspirants propriétaires.
Selon le Conseil des Ministres, ces chiens sont à première vue détenus par une population jeune et non avertie des risques et des dangers qu’ils peuvent représenter ; et que bien souvent, les conditions prévalant à leur domestication, tout comme leur dressage demeurent si pas sommaires, bâclées. Et le Ministère de la Santé Publique, Hygiène et Prévention a été convié à collaborer avec le Ministère de l’Intérieur pour « une mise à jour d’une nomenclature permettant la classification des chiens de races et domestiques ».
Et depuis fin Novembre 2024, le Ministre Provincial de la Santé de Kinshasa, Patricien Gongo, a annoncé une mesure stricte concernant l’élevage de chiens de race à Kinshasa :
« Sur instruction du Gouverneur de la Ville, avait-il communiqué, je vais signer une circulaire interdisant à quiconque de posséder un chien de race sans certificat préalable. Les chiens de race, comme le berger allemand, sont des animaux exigeants qui nécessitent une alimentation coûteuse.
Les propriétaires doivent être en mesure de les nourrir convenablement », a expliqué le ministre.
Et d’ajouter :
«malheureusement, ce n’est pas le cas à Kinshasa. De plus en plus de personnes élèvent des chiens qui nécessitent entre 10 et 25 kg de viande par jour. Cela représente un coût élevé, et il est évident que seuls ceux qui sont financièrement à l’aise peuvent réellement assumer cette responsabilité ».
Avis d’experts, les Pouvoirs Publics feraient œuvre utile d’encadrer tous les éleveurs de chiens en vue de les orienter vers le commerce extérieur. La consommation du chien ou cynophagie, mieux connue en RDC sous le nom de « Tshibelebele », se démocratise dans les pays développés comme en Corée du Sud, Chine, Japon…ou encore aux Philippines où l’on ne s’en cache plus.
Aux USA, Trump a promis une persécution sans précédent contre le commerce et la consommation des chiens et des chats. En France, une loi interdit la consommation du chien depuis 2018. Mais les accrocs de la République cynophagie recourent au marché noir pour obtenir les Tshibèlèlè.
Pold Levi
