Festivités de Fin d’année, vivres et dignité du travailleur : le cas Transco relance le débat

La récente décision de la société publique Transports au Congo Transco de rappeler des cartons de poulets distribués à ses agents et cadres, en raison d’une date de péremption non conforme, a remis au centre de l’actualité la délicate question de la distribution des vivres de fin d’année aux travailleurs.

Selon un communiqué officiel de la Direction Administrative et des Ressources Humaines de Transco, les poulets livrés par le fournisseur présenteraient une date d’expiration fixée au 2 janvier 2026, jugée par cette société de transport public, incompatible avec les conditions de distribution. Par mesure de précaution sanitaire, les bénéficiaires ont été, par un communiqué qui circule sur les réseaux sociaux, appelés à restituer les produits, lesquels doivent être retournés au fournisseur, en attendant la distribution d’un nouveau lot conforme aux normes. Entre temps, les familles seront peut-être obligées de puiser dans leurs maigres économies pour suppléer à cet incident.

Au-delà de l’incident sanitaire, cet épisode illustre une problématique plus large régulièrement dénoncée par des analystes sociaux et des acteurs de la société civile. À la fin de chaque année, la remise de riz et de poulets, bien qu’animée par une intention louable, se fait souvent au détriment de la dignité du travailleur : longues attentes, attroupements, fatigue, risques sécuritaires et conditions de transport pénibles.

Dans une réflexion largement partagée sur les réseaux sociaux de notre consœur de la RTNC, Bibiche Mbete Monkase dans sa casquette d’analyste sociale, souligne que ce qui devrait être un geste de reconnaissance se transforme parfois en épreuve humiliante, donnant l’impression de « clochardiser » des femmes et des hommes pourtant au cœur de la production des richesses.

Le cas Transco vient ainsi renforcer l’urgence de repenser les mécanismes de distribution. Servir un travailleur ne se résume pas à lui remettre des vivres, mais implique de le faire avec respect, sécurité et considération.

Des dernières images sur les réseaux sociaux montrant, dans un Ministère, des agents dont une femme presque jetée par terre, dans une posture presque humiliante, dans ce qui ressemblerait à un pugilat autour de cette distribution des vivres de fin d’année, rappelle une urgence de prêter une attention soutenue à ce phénomène.

Des alternatives existent, notamment la remise de bons ou de coupons, permettant aux bénéficiaires de retirer leurs produits auprès de fournisseurs agréés et proches de leurs lieux de résidence.

Alors que les fêtes de fin d’année devraient être synonymes d’apaisement et de reconnaissance, cet épisode interpelle tant les autorités publiques que les dirigeants d’entreprises. Mettre la dignité du travailleur au centre des politiques sociales et des pratiques managériales demeure une obligation morale et sociale, bien au-delà d’un simple geste symbolique.

Est-ce les festivités de fin d’année en République Démocratique du Congo seraient-elles synonymes de consommation par des ménages des produits que le pays ne produit pas, à l’instar des poulets, du Riz, de poisson salé, tomates et huiles, de fois avariés ? Le cas probant de la société Transco ? Et cela, dans un système de partenariat entre entreprises publiques, ministères et fournisseurs où la loi du rétro commission régnerait, selon une certaine opinion en maître absolu ?

Selon certaines indiscrétions, le gouvernement congolais aurait investi plus de 200 millions de dollars américains pour ces vivres. Cette somme ne peut-elle pas être investie dans la nouvelle vision de ces festivités où l’intérêt dans la constitution pendant ces festivités serait donné aux produits locaux tels le Fufu du Kongo Central, le haricot de Goma, les poissons fumés de l’Équateur, le riz de Bumba dont la production devant être relancée et les poissons du fleuve Congo qui meurent parfois de vieillesse faute d’être pêchées ? Ceci donnerait des moyens aux producteurs locaux jusqu’à se constituer une classe moyenne et posséder notre économie ?

Rappelons que ces produits distribués dans les ministères et entreprises publiques sont pour la plupart déjà consommés tout au long de l’année par plusieurs ménages congolais. C’est quoi la spécificité de leur consommation pendant cette période, sinon enrichir ceux qui veulent cette dépendance de l’État pour leurs intérêts propres ?

Une question qui ouvre un débat public sur ce phénomène.

Lionel IPAKALA

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