Lubumbashi : le général Eddy Kapend théorise « l’anthropologie relationnelle » pour repenser l’éthique du soldat

À Lubumbashi, loin des lignes de front, la réflexion sur la guerre s’invite dans l’arène académique. Le général de brigade Eddy Kapend Irung a récemment soutenu un mémoire de Diplôme d’Études Approfondies (DEA) à la faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université de Lubumbashi, où il introduit un concept inédit : « l’anthropologie relationnelle ».

Penser la guerre au-delà de la stratégie

Commandant de la 22ᵉ région militaire au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et assistant au département de philosophie, le général Kapend défend l’idée que la guerre ne saurait être réduite à une simple confrontation tactique. Elle constitue également une épreuve morale et existentielle pour le soldat engagé sur le terrain.

Son mémoire, intitulé Éthique et dilemmes du soldat dans la guerre asymétrique. Une étude philosophique critique de la théorie de la guerre juste chez Michael Walzer, propose une relecture des fondements classiques de la pensée occidentale sur la légitimité des conflits armés.

Une critique de la théorie de la « guerre juste »

En s’appuyant sur les travaux du philosophe américain Michael Walzer, l’officier congolais examine la pertinence de la théorie de la « guerre juste » face aux réalités contemporaines, notamment celles des conflits asymétriques qui marquent plusieurs régions d’Afrique.
Comment distinguer combattants et civils lorsque l’ennemi ne porte pas d’uniforme ? Comment concilier discipline militaire, protection des populations et impératifs opérationnels ? Où tracer la limite entre nécessité stratégique et exigence morale ?

Autant de questions qui structurent sa réflexion.
L’« anthropologie relationnelle » : le soldat comme sujet moral

C’est dans cette perspective qu’émerge le concept d’« anthropologie relationnelle ». Selon son auteur, le soldat ne peut être perçu comme un simple exécutant d’ordres. Il est un sujet moral inscrit dans un réseau de relations complexes : hiérarchie militaire, population civile, nation, ennemi et droit international humanitaire.

Chaque décision prise en situation de conflit résulte d’un enchevêtrement de contraintes : loyauté institutionnelle, survie personnelle, impératifs juridiques et considérations éthiques. L’« anthropologie relationnelle » vise ainsi à analyser ces interactions pour mieux comprendre la responsabilité morale du combattant.

Une double légitimité : terrain et université

La singularité de cette démarche tient au parcours de son auteur. À la fois officier général en activité et universitaire, Eddy Kapend conjugue expérience opérationnelle et rigueur académique.

Cette double posture confère à sa réflexion une dimension à la fois concrète et théorique.
Dans un contexte régional marqué par des conflits persistants, cette contribution pourrait nourrir les débats sur la formation éthique des militaires et l’intégration du droit international humanitaire dans les opérations.

À Lubumbashi, la soutenance a suscité un intérêt notable. Elle témoigne de l’émergence d’une pensée stratégique et philosophique congolaise, capable de dialoguer avec les grandes théories internationales tout en restant ancrée dans les réalités locales.

Reste désormais à savoir si le concept d’« anthropologie relationnelle » dépassera le cadre académique pour influencer durablement les milieux militaires et universitaires, en République Démocratique du Congo et au-delà.

Josué LWAMBA, Correspondant-Haut Katanga

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